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Bruno Leydet


Tableaux vivants

Dans la plupart de mes tableaux, les figures ne font aucune activité précise : elles sont dans un état presque contemplatif, réfléchissant à la beauté de leurs alentours. Elles sont presque hédonistes, se retirant de la folie du monde extérieur pour créer leur propre esthétique.

Tout commence avec un motif, une combinaison de couleurs. Mon inspiration peut provenir d’un film, d’une vidéo, d’une autre toile, de peinture sur un mur quelque part… Mais elle provient aussi du modèle. Il faut que la personne ait quelque chose qui me captive, quelque chose que je trouve si beau que je dois le peindre. Mes portraits sont comme des tableaux vivants. Ils ne représentent ni la vie quotidienne ni le vrai monde, mais ce monde les inspire. Mes œuvres sont des paysages de mon humeur au moment de les peindre. Une figure est souvent un point de départ, car elle m’indique dans quel monde elle vit. Les motifs et les couleurs qui s’opposent apparaissent de manière quasi organique, ou alors j’ai déjà une idée et par hasard, elle fonctionne. Dans « Au-devant le rideau chinois », par exemple, j’ai voulu rendre la chair de la figure, son regard, son style, puis les tons de rouge et le motif est devenu évident pour moi.

Les visages et les regards sont cruciaux. Le plus souvent, les modèles regardent vers l’extérieur : ils savent qu’ils sont observés et ils observent en retour. D’une certaine façon, ils se présentent à celui qui regarde. « Portrait of J » est un bon exemple : le tableau contient un peu de mon symbolisme, des indices que j’y laisse ici et là et qui détiennent des bouts du sens de la toile.

Très souvent, la signification de mes œuvres est reliée à ma vie, à ce qui s’y passe alors. Mais ça se produit inconsciemment : je le vois longtemps après avoir terminé le tableau. Souvent, le modèle, c’est moi. C’est une version onirique, stylisée de ma vie et des sentiments qu’elle déclenche.

Dans le cas de « Toile de Jouy Dream », le tableau a pris naissance avec Samuel. Il avait posé pour un autre tableau et m’avait dit s’être fait faire un habit avec un motif de toile de Jouy. J’ai tout de suite su que je devais le peindre dans ce vêtement. Presque deux ans ont passé, puis j’ai eu ce rêve – j’ai souvent des rêves étranges au sujet de paysages étranges en Technicolor ou de vieilles et grandes maisons remplies d’objets. Dans ce rêve, j’ai vu une prairie avec une rangée de maisons étranges, avec d’énormes cigognes faites en tuiles vertes devant. Puis j’ai pensé à placer Samuel dans ce décor, et à utiliser les verts et les bleus pour lui donner cet aspect nocturne irréel et ajouter de la profondeur aux environs.

« Adrian Odalisque » est un bon exemple de mon approche tout en étant un clin d’œil à l’histoire de l’art, plus particulièrement aux nus féminins du 17e au 19e siècle. La figure semble s’offrir au regard du spectateur, mais en réalité il n’en est rien. Même si mes œuvres contiennent souvent des hommes nus ou des portraits nus, elles ne sont pas érotiques. Les visages dépeignent souvent de la mélancolie, ils ne sont pas empreints de désir. Ils parlent davantage de se révéler soi-même, d’être vulnérable et de courir un risque. Mes tableaux comportent une bonne dose d’ironie : un romantisme qui ne se prend pas au sérieux, et un surréalisme subtil.

Earlier Event: May 5
Hugo Alonso
Later Event: September 21
Mark Liam Smith